Epilogue



Aéroport Benito Juarez, Mexico city, 18 avril 2017

Par Philippe


Ce soir, on est assis à l'aéroport Benito Juarez de Mexico, et dans 2 heures, on prend l'avion pour rentrer à la maison. 
La maison...ça fait drôle de penser à ça, ça fait peur un peu même, j'ai l'impression que ça fait dix ans qu'on est parti. Il y a longtemps, quelque part en novembre 2015, on a quitté le Québec avec l'idée de vivre un an au Chili, visa de travail en main. Puis, on a fait 3 mois de vélo, et ensuite, on a tout vendu, on a pris un autobus, et 25 000 km et 13 pays plus loin, on est ici, à Mexico city, pour le dernier de nos 511 jours de périple en Amérique latine. Ça en fait, des péripéties, 511 jours sur la route...des bonnes autant que des mauvaises. 
On a passé des journées le sourire accroché aux lèvres à pédaler sur la magnifique Carretera austral, mais aussi plusieurs heures à sacrer après les routes en sable aux pentes extrêmes de la côte pacifique. On a mangé à Cochrane, en Patagonie, les meilleures empanadas de notre voyage, mais on y a passé parmi nos pires nuits dans un camping où le nombre de décibels et de tentes au mètre carré rendaient toute idée de sommeil saugrenue. On a bu au Chili le meilleur vin du monde, le Gewurztraminer de Cono Sur, mais aussi des quantités impardonnables d'un immonde liquide appelé café instantané.
On a traversé des paysages d'une beauté difficile à décrire dans la Reserva nacional près d'Uyuni, en Bolivie, mais, à 5000 mètres et sans chauffage, on y a aussi vécu la nuit la plus glaciale de notre voyage. C'est aussi en Bolivie qu'on a mangé de succulentes soupes de quinoa, mais le café instantané y était malheureusement tout aussi imbuvable qu'au Chili.
On a appris les rudiments de la gestion d'un B&B à Ollantaytambo, mais nos employeurs étaient tout à fait désagréables. On a fait une magnifique randonnée de 3 jours dans la Cordillera Blanca, près de Huaraz au Pérou, mais c'est aussi à Huaraz qu'on s'est fait voler tous nos bagages dès le lendemain du trek. On a passé 5 jours malades à cohabiter avec des sauvâââges sur un bateau en remontant l'Amazone, mais une fin d'après-midi, après la tempête, on a vu un magnifique double arc-en-ciel se former au-dessus de l'Amazonie, qui nous a presque fait oublier le petit sauvâââge qui était entrain de pisser sur le plancher à côté de notre hamac.
On a rencontré Dulce, la petite chienne préférée de Mélina (et de moi) sur les routes de gravier de l'Équateur, mais on a dû l'abandonner faute de pouvoir l'héberger durant notre mois de travail. On a admiré les magnifiques paysages montagneux des routes colombiennes, mais on a failli y laisser notre peau à quelques reprises à cause des chauffeurs fous.
Quoi d'autre? On a socialisé avec des singes et vu des dauphins roses en Bolivie, célébré le nouvel an en bateau sur les fjords de la Patagonie, visité Lima, la ville la plus grise du monde, appris à dépecer un cochon et à faire de la saucisse en Équateur, on s'est fait arnaquer à Tikal, au Lac Titicaca et à un millier d'autres endroits, on s'est gavé des meilleures mangues imaginables sur les rues de Bogotá, on a gravi de magnifiques volcans et mangé de délicieuses pupusas au Salvador, on s'est fait traiter de gringos à Tegucigalpa, au Honduras, à Veracruz, au Mexique, et...un peu partout en fait, on a visité le fief des cocaleros, Kimbiri, au Pérou, sans même se faire kidnapper, on s'est fait vacciner gratuitement contre la fièvre jaune dans un stationnement à Huanuco, au Pérou, on a campé dans une tempête de neige et de verglas près de Mexico, on s'est fait dorer la couenne sur les plages idylliques du Belize, on a dormi dans un village abandonné au fond du Cañon de Colca, au Pérou....etc. etc....ouf!


Aéroport JFK, New York, 19 avril 2017

Suite et fin


Je viens de dépenser le quart de mon budget quotidien pour un simple café à l'aéroport JFK de New York. Welcome back to reality, comme qu'y disent!

Bon...alors...ce qu'on en retient, de toutes ces péripéties? Une tonne de choses, Mais 2 plus particulièrement. D'abord, qu'un voyage, c'est comme la vie. Il y a des hauts et des bas, plein de beaux moments pour contre-balancer les journées difficiles. Si on part une semaine en vacances, il y a des chances que ce soit tout beau, comme il y a des chances que ce soit tout mauvais. Si on part 17 mois, c'est impossible, lisez-bien ici, impossible, que ce soit tout beau ou tout mauvais. Si quelqu'un vous dit le contraire, il ment, comme les gens mentent avec leurs beaux statuts sur facebook qui font croire que leur vie est merveilleuse. Quand on a accepté ce fait, quelque part entre la Bolivie et le Nicaragua, on a compris que notre voyage serait une réussite, peu importe le nombre de hauts et de bas. Les hauts font sourire, les bas font apprendre.
La deuxième chose qu'on retient, c'est à quel point un voyage comme celui-ci forge une capacité d'adaptation. J'ai essayé de faire le calcul hier soir en somnolant dans le vol Mexico-New York, et j'ai réalisé qu'on a dormi dans un minimum de 260 hôtels ou campings différents en 17 mois. Et la plupart sans réservation, trouvés en débarquant du bus en fin d'après-midi, ou en sondant les terrains vacants à vélo juste avant que ne se couche le soleil. Quand vous pensez que vous dormez souvent mal quand vous visitez des amis ne serait-ce que 5 fois par année et que vous dormez dans un lit qui n'est pas le vôtre...imaginez 260 lits différents en un an et demi! En plus des hôtels et campings, il faut chaque fois qu'on arrive dans un nouvel endroit trouver un endroit où acheter de la nourriture, et trouver ses repères qui font qu'après 2-3 jours, on se sent comme un "local". Sans compter les changements de devises, de magasins, de tout, quand on passe dans un nouveau pays. Facile, vous dites? Peut-être, mais quand on vit avec un budget de 20$ par personne par jour, ça veut dire beaucoup d'adaptabilité et de débrouillardise. Où est-ce que je veux en venir avec tout ça? Que peut-être on s'est donné la vie dure en vivant sur un budget si limité pendant un an et demi, mais je suis sûr qu'on n'aurait pas appris autant si on avait vécu avec un budget ne serait-ce que 50% plus élevé. Dix dollars au Mexique, c'est beaucoup, beaucoup d'argent. C'est souvent la différence entre prendre le premier hôtel qu'on trouve, peu importe le prix, et manger au resto de l'hôtel, versus chercher un hôtel, négocier avec le proprio, et puis faire le tour des rues environnantes pour trouver un petit kiosque sur la rue vendant des gorditas et des tlacoyos pour moins que rien mais néanmoins délicieux. Bref, vous essaierez la prochaine fois que vous irez en voyage: diminuez votre budget, vous apprendrez plus!
Sur ce, on va prendre notre vol vers Québec, revenir au bercail et mijoter tout ça durant les prochains temps. Au plaisir de vous voir bientôt!

Commentaires

  1. Bon retour à vous deux ! à bientôt...

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  2. Bonjour à vous deux. Le retour n'est facile, après le plaisir de voir les amis et famille c'est une autre histoire. C'est drôle nous étions ensemble à l'aéroport de Mexico le 18/04.
    J'ai deux photos de vous au camping de Sartagéna. Comment vous les envoyer ? Mon mail : gerald.masnada@laposte.net

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  3. Bon retour au pays,

    J'ai suivi en silence toutes vos publications depuis le début de votre voyage. Je souhaite vous remercier de vous être donné la peine de les rédiger et de me permettre de profiter de vos aventures et expériences, autant que faire se peut, dans le confort de mon salon. Même si ce n'était pas toujours rose, vos chroniques m'ont donné le goût de faire mon baluchon.

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  4. Merci à vous deux et bon retour. Chacune de vos publications m'ont fait voyager !

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