Les SauvÂges

Rio Ucayali, 25 août 2016
La prochaine étape de notre voyage, après la Cordillera Blanca et Huaraz, ce devait être la descente du fleuve Ucayali (devenant plus loin l'Amazone) de Pucallpa jusqu'à Iquitos. Je dis "devait être" parce que ça n'a pas été facile.  On devait initialement partir de Huaraz le 15 août, puis prendre le bateau le 18 de Pucallpa. Mais bon, en partant, comme on s'est fait voler à Huaraz, il a fallu y rester 2 jours de plus pour se racheter des choses et se remettre de nos émotions. Puis, escale à Tingo Maria, en pleine jungle, pour la nuit. Le lendemain matin, comble de malheur, j'ai été malade pour la 1ère fois du voyage. Une grosse turista....disons que le stress et la fatigue des jours précédents ont eu raison de ma santé! Deux jours de plus, donc, à Tingo Maria, dans la chambre d'hôtel, entre la toilette et les olympiques à la télé! Ce petit ennui de santé aura au moins eu le bienfait de nous permettre de regarder plus de lutte grecquo-romaine et de lancer du poids que jamais auparavant dans notre vie! Et la chambre d'hôtel de Tingo Maria était probablement notre plus belle et confortable des 9 derniers mois, dons ça aurait pu être pire!
Ça nous amène au...20 août. Départ le matin (toujours malade...) pour 8h de bus vers Pucallpa, dans la jungle, avec une chaleur similaire à celle de votre bbq. On est samedi, et le bateau ne part que lundi, donc on doit passer 2 nuits à Pucallpa à...regarder les olympiques(et aller à la toilette...encore)! Mais cette fois, avec notre grand écran de 14 pouces fixé au plafond, disons que le lancer du marteau était un tantinet moins spectaculaire à regarder.
Lundi matin, le 22, on se rend au bateau pour un voyage de 5 à 7 jours (ils se laissent un bon lousse...) et un départ prévu en début d'après-midi. On installe notre hamac dans une salle de 25m par 10m déjà surpeuplée (au moins 100 autres hamacs), et on attend. Et on attend. Et on attend. 14h. 15h. 18h. 20h...on s'ancre au port, personne ne nous informe mais on entend à travers les hamacs que le départ sera le lendemain au plus tard à midi. Première nuit à bord. Enfer relatif. C'est étouffant, bruyant, surpeuplé, et j'ai toujours la diarrhée... Le lendemain, on attend, entre les vendeurs de tamales et d'autres babioles qui, flairant la bonne affaire, ont passé les 24 dernières heures à bord. Midi arrive. Pas d'annonce. 13h. 14h. Rien. Le pilote ne fait qu'attendre plus de marchandises et plus de passagers pour faire plus de profits, et nous, les passagers, sommes captifs depuis plus de 24h! Pourtant, les Péruviens, peuple mou (vraiment moins contestataires que les Boliviens...) ne disent rien, personne ne rouspète. Mais moi, toujours malade, fatigué, tanné, je me choque et descends voir le pilote pour l'engueuler. Une sacrée prise de bec, je l'ai un peu surpris je crois! Suite à mon intervention (et celle de Mélina peu après), le "peuple"s'est levé, et la chienne a pris au pilote (moi aussi...je pensais qu'il y aurait une émeute...). Tellement qu'il m'a offert de me rembourser pour qu'on parte et que j'arrête de "crinquer" le monde contre lui. Entêté, on est resté, et on est finalement parti vers 16h, plus de 28 heures après le départ prévu!!!
Depuis 2 jours, on vogue donc très tranquillement vers l'aval du Rio Ucayali, sur un vieux tuc-tuc avec au moins 250 personnes à bord. Et comme on est surchargé et que le niveau de l'eau est à son plus bas (saison sèche), on accroche le fond aux 5 minutes....On est vraiment dans les profondeurs de la jungle amazonienne: pas de route ici, les rares villages que l'on croise ne sont accessibles que par l'eau. Mais le pire, ce qui nous fait vraiment savoir qu'on est au bout du monde, c'est....le monde qui cohabite avec nous! Je ne pensais pas dire ça dans ma vie, mais ce sont les gens les plus près des animaux que j'ai vus! De vrais sauvÂges! Pas dans leur apparence....non...dans leurs manières! Raciste, me direz-vous? J'aimerais ça voir votre réaction, vous, quand les 2 petits sauvÂges viennent pisser plusieurs fois par jour juste devant mon hamac, le long du mur, EN-DEDANS DU BATEAU JOUALVÈRE! Et non, que leurs parents me disent, ça ne puera pas, c'est juste du pipi!!! Quand les gens reçoivent leur nourriture ici, plusieurs s'asseoient par terre (dans la pisse séchée...), et mangent leur riz et leur viande avec leurs mains. Et au moins le quart de l'assiette se retrouve sur le plancher (que les enfants re-mangent plus tard). Tous, absolument tous les déchets passent à travers la fenêtre pour se retrouver dans le beau fleuve Amazone que l'on idéalise tant par chez-nous...c'est une vraie poubelle, ce fleuve-là, pour être honnête avec vous! Et l'occupation favorite des gens? (je ne niaise pas) Vérifier la tête des autres pour y retirer poux et larves! Honnêtement, ce voyage,  je ne le referais pas, et ne le conseillerais à personne, mais y a pas à dire, on est dans le vrai monde ici!
Les paysages sont beaux, mais on en profite surtout le matin et le soir, quand ils baissent la température du four tropical et qu'il fait assez frais pour sortir sur le pont. Il nous reste encore au minimum 4 jours à endurer (ou apprécier, c'est selon) ça. Je pense qu'on a hâte d'arriver. Mais le rythme est lent, on voyage aussi la nuit, mais encore plus lentement, car le pilote y va au son (encore une fois, je ne niaise pas). On est resté pris 2 fois la nuit passée! Et les nuits, pour nous, sont difficiles. Pas tellement le fait de dormir dans les hamacs - non, ça, on est plutôt agréablement surpris. Non, c'est plutôt qu'il y a toujours quelque chose pour déranger notre sommeil, quelque chose de totalement non-nécessaire. La nuit passée, on a fait une escale dans un village à 2h30 am pour déposer des passagers. Tout le monde dormait ferme, mais ils ont laissé entrer les vendeurs ambulants, ciboire! "Hay pescado friiiiiiiiito"; "Hay gaseooooooosas"; crié dans nos oreilles en pleine nuit, ça réveille! Tu ne réagis pas? Ils brassent ton hamac pour te réveiller! Et le pire, c'est que le monde en a acheté....et qu'en mangeant, ils ont mis leur musique.....et mon voisin de hamac s'est subitement dit " 3h du matin...quelle bonne heure pour brancher mon chargeur de batteries stroboscope multicolore"! Bref, en 15 minutes, c'était passé du calme plat à un resto-discothèque! La nuit précédente, allez savoir pourquoi, l'équipage du bateau a réveillé tout le monde à 3h30 am pour...tenez-vous bien: vérifier nos billets! À 3h30 du matin!!! Pas trop hâte de voir ce que sera la surprise cette nuit...je m'attends à une pratique d'incendie!
Bref...ça prend vraiment de la patience pour faire ce voyage en bateau, mais je suppose que dans quelques années, on en rira! 



Notre petit nid douillet durant 5 nuits...

Juste avant le voyage en bateau, on s'est fait gratuitement vacciner contre la fièvre jaune...à la station de bus!

Le petit bateau devant mesure la profondeur de l'eau avec un bâton pour diriger notre grand bateau...

 Coucher de soleil sur le fleuve Amazone.


 Notre cargaison...


 Une des vilaines bestioles à bord.



 Mélina dans son hamac


Petit village sur le bord du fleuve


Pêcheurs réparant leur bateau.

La vue de notre bateau

 Le commerce du bois est une grosse "business" ici...


Cargo de bois.


 Stationnement de bateaux: pas de route ici!

 Comité d'accueil de vendeurs ambulants à un petit village.

Séance d'enlevage de larves devant nous...

 Plancher relativement propre...


 La tempête tropicale s'en vient...








Le calme après la tempête.

Lever de soleil sur l'Amazone.

 Bon voyage....ouais ouais....

 La chaleur est accablante à bord...

Vraiment accablante... 

À un certain moment, ils ont embarqué une cargaison de bananes...et des cochons!






 Moi semi-heureux...

 Idem pour Mélina...

Un autre bateau de sauvÂges...



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