Au pays des cocaleros!
Lima, mardi 9 août 2016
Lundi passé, après notre mois à Ollantaytambo, on a refait nos bagages (en réalité, on ne les avait pas vraiment défaits car on n'avait pas de meubles dans notre chambre...mais ça c'est une autre histoire), et on a repris la route, cette fois vers Ayacucho, au centre du pays. Pourquoi Ayacucho? D'abord pour faire une pause entre Cusco et Lima (le trajet de bus dure 22 heures...). Aussi parce qu'Ayacucho, c'est relativement peu touristique (jusqu'à il y a une dizaine d'années, c'était le centre d'activités du Sendero Luminoso, donc personne n'allait là).
Mais vous nous (me) connaissez, plutôt que de passer par la route "normale", reliant directement Cusco à Ayacucho, j'ai réussi à convaincre Mélina que ce serait pas mal plus palpitant de prendre la route des montagnes, de la jungle puis encore des montagnes, qui passe entre autres par Quillabamba et Kimbiri. Alors on est parti...d'abord, 5 heures de route de montagne (entre 4300m et 1500m d'altitude) pour rejoindre Quillabamba, ville dans la semi-jungle et capitale nationale des combats de coqs), puis, le lendemain, un autre 10 heures de route (pas sur une autoroute à 2 voies là...sur une petite route en terre, à flanc de précipice, à une seule voie, mais sur laquelle on croise malheureusement beaucoup d'autres véhicules...vertige assuré!) pour se rendre à la non moins connue Kimbiri, ville de la jungle et capitale nationale de...la culture de la coca!
Petite parenthèse ici: pour ceux qui l'ignorent, la région des Andes est le principal lieu de culture de la feuille de coca, qui est consommée ici de façon traditionnelle, c'est à dire mâchée. Mais il ne faut pas se leurrer, la grande majorité de la production de la coca est "déviée" vers la transformation, beaucoup plus lucrative, pour produire de la cocaine. La Colombie est reconnue comme le plus grand producteur de coca, mais le Pérou suit de près. Et il y a deux régions qui en produisent la majorité au Pérou: la vallée de Alto Huallaga, plus au nord, et la région du VRAE (vallée des rivières Apurimac et Ene), au coeur de laquelle se trouve Kimbiri. Fin de la parenthèse.
Donc malgré le fait qu'il est apparemment non-sécuritaire d'aller à Kimbiri, on y a passé 2 nuits, et on a bien aimé. D'abord parce que ce n'est pas laid comme endroit, et que le climat tropical fait du bien quand on arrive du froid de Cusco. Aussi parce qu'on était clairement les seuls gringos de la place, et que ça nous a valu quelques discussions avec des locaux curieux, en mangeant notre soupe à l'agneau à 8h du matin au marché, pour déjeuner. Et la coca là-dedans? Disons qu'on est arrivé juste pour le début de la 12e édition du Festival International de la feuille de coca...ça donnait le ton! Et un peu partout en ville, dans les quincailleries, on vendait des engrais et des produits utilisés pour la coca, un peu comme on le ferait pour le maïs chez nous. Mais sinon, Kimbiri nous est apparue plutôt tranquille. C'est juste en traversant le pont pour aller à San Francisco, ville jumelle de Kimbiri, que ça "craignait" un peu plus...en plein jour, des camionnettes de l'armée avec mitraillette sur le toit (style État Islamique...) patrouillaient la ville, signe que des choses louches doivent transiter par là...mais y paraît que c'est juste la nuit que ça transite, et nous, la nuit, on dort!
Parade du début du 12e Festival International de la feuille de coca.
Centre-ville de Kimbiri, vu de notre hôtel, avec le rio Apurimac en arrière-plan.
Paysage montagneux à un check-point de l'armée, sur la route près de Kimbiri. Les vérifications y étaient sérieuses...on y a passé un bon bout de temps!
Glacier sur la route entre Ollantaytambo et Quillabamba.
Vallée du rio Urubamba, en descendant vers Quillabamba.
La méfiance d'un peuple expliquée
Curieusement, alors qu'on craignait se faire voler, violer, kidnapper, assassiner, ou pire encore, se faire traiter de gringos, en allant à Kimbiri, c'est plutôt sur le chemin du retour, vers Ayacucho, qu'on s'est fait "escroquer". Et pas par des narcotrafiquants, pas par des bandits...non madame monsieur: par le chauffeur d'autobus. Une bizarre d'histoire, mais qui en dit long sur la justice en Amérique Latine.
En prenant l'autobus à Kimbiri, le chauffeur nous avait donné le prix, à tous les passagers: 20 soles. Mais comme presque toujours au Pérou, on ne paie pas au départ, mais habituellement à l'arrivée. On part donc vers Ayacucho....roule, roule, à travers les montagnes, jusqu'à environ 10 km avant Ayacucho. Là, le chauffeur arrête l'autobus sur le bord de la route, au milieu de nulle part, et exige de chaque passager 10 soles de plus que le prix exigé au départ, sans quoi il nous abandonne là. Tout le monde proteste vivement, mais rien à faire, il faut le payer. En arrivant à Ayacucho, je dis au chauffeur de rester là, que je vais chercher la police pour régler l'affaire (c'était une extorsion en bonne et due forme, après tout...). À ma grande surprise, plutôt que de se sauver, le chauffeur reste. Je pars donc au poste de police, situé 100m plus loin, j'explique la situation et le chef me dit qu'il envoie quelqu'un tout de suite. 15 minutes plus tard, pas de policier en vue, le chauffeur a le gros sourire, alors je retourne au poste de police. On me dit de nouveau qu'on envoie quelqu'un immédiatement. Et ainsi de suite pendant une heure. Je suis retourné 4 fois au poste de police, menaçant même (en bluffant...) d'appeler l'ambassade lors de ma 4e visite, non, rien. Le chef de police, pourtant à moins de 100m de notre emplacement, n'a jamais levé le petit doigt, ni envoyé personne, pour régler la question. Et le chauffeur d'autobus est reparti en se bidonnant...il savait dès le début qu'au Pérou, quand on appelle la police, jamais elle ne vient.
Je me souviens, quand on travaillait au vignoble au Chili, Matt, le propriétaire, nous avait dit: "S'il arrive quelque chose pendant mon absence (feu, vol, etc.), n'appelez pas les services d'urgence, c'est inutile, ils ne viendront jamais!". Je ne le croyais pas à ce moment, maintenant je le crois. Dans la plupart des pays d'Amérique Latine, le peuple n'a aucune confiance en ses autorités car celles-ci ne sont jamais là pour les aider. Et les gens n'ont souvent aucun respect pour les policiers non plus, conséquemment. J'étais sur la place centrale à Ollantaytambo il y a quelques semaines, il y avait une altercation entre un commerçant et un client. Un policier qui se trouvait tout près s'est approché pour s'en mêler, et le commerçant lui a crié comme ça: "Largate" (littéralement : "Toé, sacre ton camp!"). Je pense que dans un pays un peu plus "civilisé", ça n'aurait pas passé, mais là, le policier a simplement sacré son camp! Bref, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir ici avant que les citoyens aient confiance en leur système. Et je les comprends!
Ayacucho, Lima, etc...
Ayacucho, dans tout ça, c'était comment? Comme prévu, pas très touristique, et très beau en fait. On y est même resté 2 nuits plutôt qu'une, tellement on aimait l'hôtel où on dormait. Et il faisait beau!
Tout le contraire de Lima...ici, tout est gris, il a même plu hier, tout est cher, notre hôtel est vraiment...comment dire...merdique, c'est hyper bruyant. Bref, pas notre coup de coeur à date. Ah oui...il y a le ceviche, par contre, en vente partout, qui vient mettre un baume sur notre amertume.
Et...Machu Picchu là-dedans (dont les photos suivent ci-bas)? J'y suis allé il y a 2 semaines, parce qu'il faut y aller, je suppose! Le "grand amateur" de ruines en moi a beaucoup plus apprécié les paysages sur la route pour se rendre aux ruines, plutôt que les ruines elles-mêmes...mais bon, c'est coché sur la liste!
Paysage autour de Machu Picchu.
Marcheurs sur la voie ferrée en direction de Machu Picchu.
Machu Picchu.

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