Les trophées de chasse

Villa O'higgins, 15 janvier 2016
Par Philippe
Connaissez-vous la Carretera Austral? Non? Pfttt.....bande d'incultes! Mais non, je blague. La Carretera donc... c'est un peu comme la Route 66 de l'Amérique du sud, pour les cyclistes et les motocyclistes "tout-terrain". Nous (tout aussi incultes que vous), on n'en avait jamais entendu parler avant...3 semaines de notre départ vers le Chili. En fait, c'est quand on a décidé d'emmener nos vélos et qu'on a fait quelques recherches sur les routes du Chili qu'on a découvert ladite Carretera: une route majoritairement en terre (en gravelle lousse, comme on dit chez nous) qui traverse un bonne partie de la Patagonie chilienne du nord au sud, entre Puerto Montt et Villa O'higgins. Et une fois notre voyage commencé, on a assez rapidement décidé que nous aussi, on allait la "faire", la Carretera.
Je dis "nous aussi" parce qu'une fois sur cette route cahoteuse, on a vite réalisé qu'on n'était pas les seuls cyclistes à avoir eu l'idée de la parcourir. Chaque jour, on rencontre 2, 3, parfois 10 cyclistes chargés de bagages. En fait, pour les gens qui font de longs voyages à vélo, la Carretera Austral, c'est un peu comme un trophée de chasse: il faut l'avoir faite une fois dans sa vie, et idéalement, question de prestige, la faire avant que le gouvernement chilien n'ait terminé de l'asphalter (c'est-à-dire avant 2050, selon mon évaluation du rythme auquel ça avance, alors ça vous laisse du temps...). Et surtout, surtout, il faut prendre sa photo avec la pancarte indiquant la fin de la Carretera. Ensuite, on peut cocher ça de sa liste et se lancer dans le prochain défi, comme par exemple manger un steak de 72 onces avec 2 lbs de frites en moins d'une heure dans le sud du Texas et prendre une photo avec la serveuse en arborant un t-shirt "What's for dessert?". C'est juste une suggestion...c'était le prochain sur ma liste.
Revenons-en à la Carretera...ce n'est pas pour rien qu'elle est si populaire: les paysages sont parmi les plus spectaculaires qu'on a vus de toute notre vie. Chaque jour, on roule dans des vallées sur le bord de rivières aux eaux turquoises, avec des montagnes aux sommets enneigés et des glaciers de chaque côté. Et souvent, sur les rives des rivières, un tapis de fleurs mauves. Je comprends maintenant d'où viennent les couleurs des vêtements Patagonia! Ça faisait donc 2 semaines qu'on roulait sur cette route quand on est finalement arrivé à Villa O'higgins hier, la fin de la Carretera pour nous. Mais la plupart des cyclistes continuent vers le sud, question d'avoir leur "vrai" trophée: la difficile traversée vers El Chalten, en Argentine. Pour cela, il faut prendre un premier bateau hyper cher (88$ par personne pour 3h) puis marcher dans un sentier boueux 7 km avec vélos et bagages pour traverser la frontière, prendre un autre bateau à 42$, payer les 130$ de visa d'entrée en Argentine, puis finalement prendre un minibus à 30$ pour arriver à El Chalten. C'est donc 290$ que les gens paient pour pouvoir dire qu'ils ont "fait" la traversée vers El Chalten. Les prix sont ultra-gonflés (au moins 4 fois trop cher) mais les cyclistes veulent leur trophée et les Chiliens le savent trop bien!
Ceci dit, il y a un bel esprit de communauté chez les cyclistes qui font la Carretera. On se croise dans la journée, on se rejoint le soir en camping, on échange des informations (par exemple, où on peut trouve de la laitue à Villa O'higgins...). Donc en gros, la gang est "le fun", c'est juste cette chasse à l'exploit que je déplore.
La minute de chiâlage
Étant donné que j'ai un peu exagéré en écrivant un texte entier de chiâlage sur les Chiliens la dernière fois, je me suis dit que dorénavant, je me permettrais un maximum d'un sujet de chiâlage. Voici donc.
Les traversiers
Regarder les employés Chiliens diriger les véhicules pour remplir un traversier est en soi un spectacle remarquable de manque d'organisation. On était à Puerto Yungay avant-hier pour prendre le traversier qui part 3 fois par jour vers Rio Bravo. On est arrivé à 13h30 pour s'assurer d'avoir notre place sur le traversier de 18h. On était les premiers arrivés. Quand l'embarquement a débuté vers 18h, les 4-5 employés Chiliens se sont affairés à laisser entrer les véhicules un peu tout croches, sans aucun ordre de priorité (à part: les cyclistes en dernier...) jusqu'à ce que le bateau soit plein aux deux tiers et qu'ils se mettent à paniquer parce que, cordés de cette manière, il n'y aurait jamais de place pour tout le monde. S'en est suivi un joyeux bordel durant lequel ils ont essayé 1) de convaincre les cyclistes de camper sur place et de prendre le traversier de 10h le lendemain 2) de mettre des vélos dans la boîte de pick-ups déjà sur le bateau afin de faire plus de place pour les autos. On a fini par corder les vélos un peu tout croches entre les voitures, et un automobiliste a dû attendre le lendemain pour traverser. Pourtant, il restait plein d'espace au fond du bateau mais on ne pouvait plus s'y rendre car les voitures mal garées bloquaient l'accès. Ah, ces Chiliens...
La suite
On prend quelques jours de congé ici à Villa O'higgins, un beau petit village du bout du monde, où les légumes frais et la viande congelée arrivent en alternance aux 10 jours, ce qui fait qu'ici, on est carnivore pendant 10 jours et herbivore les 10 suivants. Puis, on repart dimanche matin en bus avec les vélos sur le toit, d'abord vers Cochrane, puis Coyhaique et finalement Puerto Montt, d'où on reprendra la route à vélo vers la région des lacs et des volcans.
































Commentaires

  1. Oh wow! (on dirait que tous mes commentaires commencent par cette expression, que j'écrit ou que je dis dans ma tête sans l'écrire!)Les paysages sont incroyables, et j'imagine que les photos ne rendent pas leur grandeur! Ils doivent bien effacer les irritants qui surviennent immanquablement en côtoyant une autre culture;0 Bonne suite!!! (Rosalie)

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  2. Vraiment très beaux ces paysages!! Une grande expérience de vie et merci de nous la partager!

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