Les Chiliens
Dalcahue, Chili, 25 décembre 2015
Par Philippe
Si je me souviens bien, c'est George Orwell qui écrivait dans son livre Une histoire birmane : 《La plupart des gens ne peuvent se sentir à l'aise dans un pays étranger qu'à condition d'en dénigrer les habitants》. Cette phrase-là m'est toujours restée en tête, parce que j'ai justement toujours essayé de ne pas faire partie de la plupart des gens et donc de ne pas dénigrer les habitants des autres pays que je visitais. Mais cette fois, c'est peut-être la pause de quelques jours qu'on s'accorde ou les excès de nouriture d'hier soir qui poussent à la réflexion, ou peut-être que c'est juste le garde-parc qui m'a chicané hier parce que j'ai jeté mes déchets dans une poubelle plutôt que de faire comme le font tous ses compatriotes et de les sacrer dans le fossé qui a fait déborder le vase. Peu importe... ça y est, je me lance dans une critique des Chiliens. Je le jure, je vais essayer de ne pas en prendre une habitude...mais en ce lendemain réveillon, ils dorment tous encore alors ils ne se rendront compte de rien...c'est le moment idéal!
Les Chiliens donc...ou plutôt: les 3 commandements des Chiliens.
Premier commandement: Courtois, tu ne seras point.
D'abord, allons-y d'une petite définition. Courtoisie: (selon le Larousse): attitude de politesse raffinée, mêlée d'élegance et de générosité; civilité.
Courtoisie (selon les Chiliens): Quand tu arrives à l'épicerie et qu'il y a une file de 20 personnes à la caisse, il n'y a aucun problème à passer devant tout le monde pour éviter d'attendre. Quand quelqu'un allume l'ordinateur dans une auberge pour aller sur internet, attendre le moindre moment d'inattention de sa part pour lui subtiliser sa place, c'est tout ce qu'il y a de plus normal. Quand 2 cyclistes complètement trempés arrêtent à ton épicerie, t'achètent plein de nourriture puis te demandent gentiment d'utiliser tes toilettes avant de poursuivre leur route sous l'averse, la chose à faire, c'est sortir son plus bel air bête et répondre simplement :《Non》. Des exemples comme ceux-ci, on en a vécu des dizaines depuis notre départ.
Qu'est-ce qui fait que les Chiliens soient si peu courtois? On y a longuement réfléchi, sans trouver de cause exacte, mais on croit que ce qui permet aux Chiliens d'agir ainsi, c'est que personne n'ose jamais remettre les gens à leur place ici! Donc, quand quelqu'un dépasse tout le monde dans une file, personne ne dit quoi que ce soit. Quand un garde-parc réprimande quelqu'un parce qu'il vient d'utiliser sa poubelle, ce qui forcera éventuellement le garde-parc à vider ladite poubelle et donc - malheur- à travailler, personne ne s'offusque. En fait, j'ai essayé une fois de chiâler depuis le début. On roulait et il pleuvait à boire debout en sortant de Temuco; un automobiliste a pris de l'air et il est passé à une vitesse folle dans la flaque d'eau - que dis-je - le lac à côté de moi, et j'ai reçu de l'eau jusque dans la bouche! C'en était trop...je l'ai rattrapé au stop et l'ai apostrophé. Malheur...je crois que jamais dans sa vie il ne s'était fait faire tel affront. Sa réaction a été proportionnellement démesurée...j'aurais brûlé sa maison et je ne suis pas sûr qu'il aurait été plus fâché! Il a fallu que je me sauve pour éviter que ça dégénère...bref, les Chiliens peuvent se permettre tous les écarts de courtoisie parce que personne ne dit mot. Tout le contraire de la France, à ce qu'il paraît!
Deuxième commandement: Ton ignorance, tu n'admettras pas.
Quand on demande quelque chose à quelqu'un, parfois il sait, parfois il ne sait pas. Le Chilien, lui, il sait tout le temps, même s'il ne sait pas vraiment. Hier, quand je suis entré dans un café internet et que j'ai demandé à la dame si ses ordinateurs avaient un lecteur de cartes sd, elle a dit oui sans hésiter. Mais vérification faite, aucun n'avait un tel lecteur. À Puerto Montt, quand j'ai demandé au réparateur de vélos s'il pouvait aligner mes 2 roues, il n'y avait aucun problème, il pouvait faire des miracles. Les seul miracle qu'il a réussi à faire, c'est de briser un rayon et de mal resserrer ma cassette, tout ça en ne réglant aucun problème d'alignement. Et ainsi de suite...bref, ici, il suffit de demander pour ne pas plus être avancé!
Troisième commandement: Le monde du tourisme, tu ne comprendras point.
Autant le dire tout de suite: dans le domaine du tourisme au Chili, le rapport qualité-prix est excécrable. Surtout au niveau des hébergements. Une chambre pas très propre avec une salle de bains partagée pas propre pantoute dans la maison de quelqu'un coûte au minimum 50$, habituellement plus. Un camping à travers les poules et les chiens dans le champ d'un cultivateur, avec douches froides, coûte au moins 20$, et on a vu que ça peut aller jusqu'à 60$. Et pendant que les chambres ne se font pas nettoyer et que le caca de poules ne se fait pas ramasser, les employés sont habituellement occupés à texter derrière le comptoir d'accueil. Au début, on faisait le tour pour essayer de trouver moins cher. Mais on a vite compris que les prix se ressemblent partout.
On a aussi essayé de négocier, car en décembre les vacances chiliennes ne sont pas encore commencées et donc hôtels et campings sont pratiquement vides. Rien à faire non plus, ils semblent préférer ne pas avoir de clients plutôt que d'offrir un rabais. En fait, actuellement, on a les prix de la haute saison avec les services de la basse saison, ce qui implique habituellement que l'eau chaude n'est pas encore installée pour la saison et qu'ils n'ont pas encore trouvé d'employé pour faire les ménages. Et souvent, les employés ne semblent pas intéressés à servir les clients. Avant-hier, on est arrivé au parc national à 17h30, le bureau était supposément ouvert jusqu'à 18h. Dès qu'on est entré, la dame nous a dit que c'était fermé sans même nous demander ce qu'on voulait. Il a presque fallu pousser pour pouvoir payer notre camping! Bref...ils ont un drôle de sens du service à la clientèle, ces Chiliens!
Mais bon...il n'y a pas que du mauvais! Il y a tous ces gens chez qui on a dormi qui ont été hyper gentils...et Ema, la dame chez qui on passe notre temps des fêtes à Dalcahue, qui est tout simplement parfaite comme hôtesse. Et puis...il y a les beaux paysages! Et c'est fort possible que dans 3 mois, on aura changé d'avis et qu'on adorera les Chiliens!
Les derniers jours, et la suite!
La dernière fois qu'on a écrit, on était à Temuco. Depuis ce temps, on est passé par les villes de Valdivia, puis Puerto Montt, et finalement, on a traversé sur l'île de Chiloé, où on est présentement. Autant on avait pas eu une goutte de pluie durant les 2 premières semaines, autant il pleut presque 2 jours sur 3 depuis ce temps! En vélo-camping, ça ajoute au défi, surtout qu'ici, on est pas mal au sud alors il fait pas mal plus froid. On a roulé 1800 km à ce jour.
Du 21 au 28 décembre, on prend une pause de vélo ici, à Chiloé. Ça fait du bien de ne pas se déplacer pendant quelques jours! Puis, on part le 29 vers un traversier de 28 heures (!!!) qui nous amènera de Quellon vers Puerto Chacabuco, d'où on entreprendra notre parcours à vélo de la fameuse Carretera Austral, en Patagonie. Bref, une nouvelle aventure qui commencera.
Sur ce, Joyeux Noël!
Par Philippe
Si je me souviens bien, c'est George Orwell qui écrivait dans son livre Une histoire birmane : 《La plupart des gens ne peuvent se sentir à l'aise dans un pays étranger qu'à condition d'en dénigrer les habitants》. Cette phrase-là m'est toujours restée en tête, parce que j'ai justement toujours essayé de ne pas faire partie de la plupart des gens et donc de ne pas dénigrer les habitants des autres pays que je visitais. Mais cette fois, c'est peut-être la pause de quelques jours qu'on s'accorde ou les excès de nouriture d'hier soir qui poussent à la réflexion, ou peut-être que c'est juste le garde-parc qui m'a chicané hier parce que j'ai jeté mes déchets dans une poubelle plutôt que de faire comme le font tous ses compatriotes et de les sacrer dans le fossé qui a fait déborder le vase. Peu importe... ça y est, je me lance dans une critique des Chiliens. Je le jure, je vais essayer de ne pas en prendre une habitude...mais en ce lendemain réveillon, ils dorment tous encore alors ils ne se rendront compte de rien...c'est le moment idéal!
Les Chiliens donc...ou plutôt: les 3 commandements des Chiliens.
Premier commandement: Courtois, tu ne seras point.
D'abord, allons-y d'une petite définition. Courtoisie: (selon le Larousse): attitude de politesse raffinée, mêlée d'élegance et de générosité; civilité.
Courtoisie (selon les Chiliens): Quand tu arrives à l'épicerie et qu'il y a une file de 20 personnes à la caisse, il n'y a aucun problème à passer devant tout le monde pour éviter d'attendre. Quand quelqu'un allume l'ordinateur dans une auberge pour aller sur internet, attendre le moindre moment d'inattention de sa part pour lui subtiliser sa place, c'est tout ce qu'il y a de plus normal. Quand 2 cyclistes complètement trempés arrêtent à ton épicerie, t'achètent plein de nourriture puis te demandent gentiment d'utiliser tes toilettes avant de poursuivre leur route sous l'averse, la chose à faire, c'est sortir son plus bel air bête et répondre simplement :《Non》. Des exemples comme ceux-ci, on en a vécu des dizaines depuis notre départ.
Qu'est-ce qui fait que les Chiliens soient si peu courtois? On y a longuement réfléchi, sans trouver de cause exacte, mais on croit que ce qui permet aux Chiliens d'agir ainsi, c'est que personne n'ose jamais remettre les gens à leur place ici! Donc, quand quelqu'un dépasse tout le monde dans une file, personne ne dit quoi que ce soit. Quand un garde-parc réprimande quelqu'un parce qu'il vient d'utiliser sa poubelle, ce qui forcera éventuellement le garde-parc à vider ladite poubelle et donc - malheur- à travailler, personne ne s'offusque. En fait, j'ai essayé une fois de chiâler depuis le début. On roulait et il pleuvait à boire debout en sortant de Temuco; un automobiliste a pris de l'air et il est passé à une vitesse folle dans la flaque d'eau - que dis-je - le lac à côté de moi, et j'ai reçu de l'eau jusque dans la bouche! C'en était trop...je l'ai rattrapé au stop et l'ai apostrophé. Malheur...je crois que jamais dans sa vie il ne s'était fait faire tel affront. Sa réaction a été proportionnellement démesurée...j'aurais brûlé sa maison et je ne suis pas sûr qu'il aurait été plus fâché! Il a fallu que je me sauve pour éviter que ça dégénère...bref, les Chiliens peuvent se permettre tous les écarts de courtoisie parce que personne ne dit mot. Tout le contraire de la France, à ce qu'il paraît!
Deuxième commandement: Ton ignorance, tu n'admettras pas.
Quand on demande quelque chose à quelqu'un, parfois il sait, parfois il ne sait pas. Le Chilien, lui, il sait tout le temps, même s'il ne sait pas vraiment. Hier, quand je suis entré dans un café internet et que j'ai demandé à la dame si ses ordinateurs avaient un lecteur de cartes sd, elle a dit oui sans hésiter. Mais vérification faite, aucun n'avait un tel lecteur. À Puerto Montt, quand j'ai demandé au réparateur de vélos s'il pouvait aligner mes 2 roues, il n'y avait aucun problème, il pouvait faire des miracles. Les seul miracle qu'il a réussi à faire, c'est de briser un rayon et de mal resserrer ma cassette, tout ça en ne réglant aucun problème d'alignement. Et ainsi de suite...bref, ici, il suffit de demander pour ne pas plus être avancé!
Troisième commandement: Le monde du tourisme, tu ne comprendras point.
Autant le dire tout de suite: dans le domaine du tourisme au Chili, le rapport qualité-prix est excécrable. Surtout au niveau des hébergements. Une chambre pas très propre avec une salle de bains partagée pas propre pantoute dans la maison de quelqu'un coûte au minimum 50$, habituellement plus. Un camping à travers les poules et les chiens dans le champ d'un cultivateur, avec douches froides, coûte au moins 20$, et on a vu que ça peut aller jusqu'à 60$. Et pendant que les chambres ne se font pas nettoyer et que le caca de poules ne se fait pas ramasser, les employés sont habituellement occupés à texter derrière le comptoir d'accueil. Au début, on faisait le tour pour essayer de trouver moins cher. Mais on a vite compris que les prix se ressemblent partout.
On a aussi essayé de négocier, car en décembre les vacances chiliennes ne sont pas encore commencées et donc hôtels et campings sont pratiquement vides. Rien à faire non plus, ils semblent préférer ne pas avoir de clients plutôt que d'offrir un rabais. En fait, actuellement, on a les prix de la haute saison avec les services de la basse saison, ce qui implique habituellement que l'eau chaude n'est pas encore installée pour la saison et qu'ils n'ont pas encore trouvé d'employé pour faire les ménages. Et souvent, les employés ne semblent pas intéressés à servir les clients. Avant-hier, on est arrivé au parc national à 17h30, le bureau était supposément ouvert jusqu'à 18h. Dès qu'on est entré, la dame nous a dit que c'était fermé sans même nous demander ce qu'on voulait. Il a presque fallu pousser pour pouvoir payer notre camping! Bref...ils ont un drôle de sens du service à la clientèle, ces Chiliens!
Mais bon...il n'y a pas que du mauvais! Il y a tous ces gens chez qui on a dormi qui ont été hyper gentils...et Ema, la dame chez qui on passe notre temps des fêtes à Dalcahue, qui est tout simplement parfaite comme hôtesse. Et puis...il y a les beaux paysages! Et c'est fort possible que dans 3 mois, on aura changé d'avis et qu'on adorera les Chiliens!
Les derniers jours, et la suite!
La dernière fois qu'on a écrit, on était à Temuco. Depuis ce temps, on est passé par les villes de Valdivia, puis Puerto Montt, et finalement, on a traversé sur l'île de Chiloé, où on est présentement. Autant on avait pas eu une goutte de pluie durant les 2 premières semaines, autant il pleut presque 2 jours sur 3 depuis ce temps! En vélo-camping, ça ajoute au défi, surtout qu'ici, on est pas mal au sud alors il fait pas mal plus froid. On a roulé 1800 km à ce jour.
Du 21 au 28 décembre, on prend une pause de vélo ici, à Chiloé. Ça fait du bien de ne pas se déplacer pendant quelques jours! Puis, on part le 29 vers un traversier de 28 heures (!!!) qui nous amènera de Quellon vers Puerto Chacabuco, d'où on entreprendra notre parcours à vélo de la fameuse Carretera Austral, en Patagonie. Bref, une nouvelle aventure qui commencera.
Sur ce, Joyeux Noël!
Salut Phil. J'aime beaucoup vos commentaires! Vous devriez faire quelque chose genre "grands Explorateurs" comme prochaine carrière??? Je vais à leurs conférences et tout est toujours rose partout et je suis pas le seul à en sortir septique et déçu... vous décrivez bien le bon et le moins bon. Pas grand chose est parfait chez l'humain... Bref, content d'avoir de vos nouvelles et désolé d'avoir manqué le réveillon "Skype"... On a bien mangé le 25 et pensé à vous. @plus, Serge.
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