Tim Hortons, Colombia
La Celia, Samedi 19 novembre 2016
Par Philippe
Pour les amateurs de bonnes nouvelles et de blogs joyeux, voici ce qu'on devrait écrire de la Colombie: les gens sont ultra-accueillants (souvent y parlent même anglais: "Hello my friend, you want tour?", imaginez le bonheur!), les villes sont très belles et coloniales, les fruits frais sont frais, les jus sont juteux, et, comme diraient les gringos: "Everything is sooooooooooo cheap! I paid ooooonnnnnnly five dollars for lunch, can you belieeeeeve it?". Bref, le paradis.
Pour les autres, voici.
C'est fou comme les choses changent vite quand le tourisme s'y met! Cindy Lauper chantait "Money changes everything", je dirais "Tourism changes everything". Je suis venu ici, en Colombie, il y a 6 ans, et j'avais en général bien aimé ça. Parce qu'en 2010, les étrangers avaient encore peur de la Colombie, donc pratiquement personne n'y venait. Et alors? Ça fait qu'il y a 6 ans, les Colombiens étaient encore heureux de rencontrer des étrangers, et en fait ils étaient tout surpris que des gens d'ailleurs s'intéressent à leur pays. Quand on marchait sur la rue à Cali, à Manizales, à Salento, et même à Bogota, on se faisait regarder un peu comme un extra-terrestre. Aujourd'hui, le mot s'est passé, Lonely Planet a publié un guide, et la Colombie, c'est "Ze place to be" en Amérique du sud, comme diraient les Français. Même en archi-basse saison comme actuellement, alors qu'il doit tomber 6 pouces de pluie chaque jour (j'exagère à peine), les auberges sont pleines à Cali, à Salento, à Bogota, etc., même en milieu de semaine! Et les gens nous regardent maintenant plus avec un sourire de type "Cuzco", c'est-à-dire un sourire en signe de piastre. Un Pérou en devenir.
C'est pour cela qu'on a commencé à aller dans des zones un peu plus grises, comme Buenaventura et la côte pacifique. Parce que les backpackers ont encore peur d'y aller, donc c'est tranquille (ou presque...).
Ou comme à La Celia, où on est présentement. En partant de la côte pacifique, on a décidé de se diriger vers la zona cafetera, c'est-à-dire la zone de production de café de la Colombie. Le trajet de Buenaventura jusqu'à Pereira? "Cinco horitas (cinq'ptites heures)", qu'ils nous ont dit en nous tendant nos billets. Douze heures plus tard, après un embouteillage monstre dans un tunnel, un accrochage avec une auto, l'explosion d'une ligne électrique forçant la fermeture de la route (on voyait les boules de feu, le monde courait partout et criait....) puis un glissement de terrain forçant la fermeture de l'autre route, on a finalement posé pied à Pereira à 2 heures du matin, puis à Salento, 4 heures plus tard. Pas la nuit rêvée, disons.
Et mon beau petit Salento, que j'idéalisais depuis 2010, eh bien c'est rendu le 2e endroit le plus visité par les étrangers en Colombie (après Cartagena). On y a quand même passé 2 jours, visité une finca de café, la vallée de Cocora -voir photos-, puis on a sacré le camp à la recherche d'un endroit plus tranquille. Arrivé au terminal de bus de Pereira, on a regardé le guichet le plus miteux, on a pris la liste des villages sur l'affiche, on a fait "Ma ptite vache a mal aux pattes, tirons la par la queue...", et puis à "dans un jour ou deux", ça a fini sur La Celia. On a donc abouti à La Celia, un petit village directement au milieu des plantations de café. Les paysages sont superbes, vraiment. Et les gens ici sont vraiment surpris de nous voir, comme la Colombie de 2010. Alors, pas un touriste...vraiment? Alors qu'on était assis à la coopérative de producteurs de café à jaser avec 2-3 monsieurs, quissé qu'on ne voit pas débarquer? La caravane Tim Hortons, joualvère! Oui madame. Des acheteurs de Tim Hortons qui font le tour du pays pour vérifier les méthodes de tri du café, les standards de qualité, etc... Donc on a pu assister en direct à tout le processus, jusqu'aux négociations d'achat. Bien intéressant! Mais y sont vraiment partout, Tim Hortons, des bases militaires canadiennes en Afghanistan jusqu'à La Celia, en Colombie. Bref, on ne s'en tirera pas, y a vraiment des étrangers partout ici!
La bonne bez'ness (comment gérer un parc national en Amérique du sud)
Au cours des 12 derniers mois (oui oui, déjà 12 mois qu'on est parti!), on a visité un bon nombre de parcs nationaux. Et à part en Équateur, qui mérite une mention spéciale parce que ses parcs nationaux sont gratuits ET bien entretenus, on a noté une tendance chez les autres pays. En fait, on pourrait dire que les parcs nationaux de l'Amérique du sud ont adopté un modèle qui plairait énormément aux électeurs de Steven Blaney. Un modèle rentable! Ahhhh là, y doivent frétiller de joie, ces chers électeurs! Rentable...le plus beau mot de la langue française!
En fait, je ne suis pas sûr que ce soit rentable, mais c'est définitivement différent de par chez-nous. En gros, ici, ils font de la conservation tant que ça ne nuit pas trop à la bez'ness. Donc autant ici, en Colombie, qu'au Pérou, en Bolivie et même au Chili, quand on va dans des parcs nationaux, on n'a pas tellement l'impression de se promener dans un milieu où la nature est préservée. Non, habituellement, les sentiers, c'est entre des barbelés, sur la "trail" des vaches. "D'accord, un parc national, mais on va quand même pas empêcher les vaches de manger les plantes et de chier dans la rivière!" Les vaches se chargent donc habituellement de l'entretien du sentier, donc on sauve sur la main-d'oeuvre ET ce faisant, on produit de la viande. J'entends d'ici Steven se réjouir! Et pour la signalisation, il n'y en a pas vraiment, à part celle qui rapporte, c'est-à-dire celle menant aux restaurants, hôtels et autres entreprises privées établies dans le parc. "Quoi? T'es venu ici juste pour marcher sur les sentiers? Pfft, tu mérites juste de te perdre, hippie!"
Et le comble, c'est que malgré ça, les frais d'accès sont hyper élevés. On voyait souvent 20$/personne/jour au Chili. Ici, ça monte jusqu'à 25$. Donc oui, au final ça doit être plus rentable, ou moins dans le rouge, qu'au Canada.
J'ai travaillé à la fois pour Parcs Canada, Parcs Ontario et le Parc régional du Massif du Sud. Vous seriez surpris du nombre de gens (j'ai mes petits doutes sur leur orientation politique...) qui m'ont posé la question hautement philosophique: "Cé tu rentab' icitte?"
Ma réponse? Si on parle strictement d'argent, ben sûr que non, c'est pas rentable! Il faudrait probablement charger 30$ par personne pour que ce le soit! Vous le paieriez, vous, 30$ pour marcher quelques heures en forêt? Non. C'est pour ça que ce n'est pas rentable.
Mais c'est quoi, la rentabilité, pour une société? Un parc national, ça fait bouger les gens, donc c'est une population plus en santé, moins d'absentéisme au travail, etc. En plus, la proximité d'un parc national, ça représente une valeur accrue pour les propriétés de la région. Et ça représente aussi habituellement une bonne part de l'achalandage des commerces des villages environnants. Donc oui, aussi curieux que ça puisse paraître, c'est rentable pour la société, un parc, même si c'est dans le trou financièrement.
Juste pour le plaisir, faisons le même exercice avec un dépanneur. Un dépanneur, c'est rentable? Oui pour le propriétaire, c'est rentable. Et ça crée même une couple d'emplois à temps partiel au salaire minimum! C'est du gagnant pour une région, ça, monsieur! Mais ça vend quoi, un bon vieux dépanneur de campagne? Probablement dans le top 5: des cigarettes, de la Molson Dry, de la gâzoline, du Red Bull et des chips all-dressed (peut-être les chips all-dressed avant la gâzoline, faudrait demander...). Ah oui, des gratteux, aussi, j'oubliais. Alors pendant que le propriétaire du dépanneur s'enrichit et qu'il gère un bon commerce "rentable" aux yeux des honnêtes citoyens, les produits qu'il vend coûtent une fortune à la société en frais de santé (sans parler de la pollution...). Donc en réalité, c'est rentable, un dépanneur? Pas si sûr...mais comme y disent, au moins, c'est une bonne bez'ness!
Certains diront: "Ok, d'accord, mais pourquoi ça ne peut pas être rentable, un parc, alors que les bonnes bez'ness le sont, elles?" Je dirais vite comme ça que c'est parce qu'une entreprise privée, ça vend ce qui rapporte, alors qu'un parc, comme une bibliothèque ou un hôpital, ça rend un service précis et (selon moi) essentiel, sans se baser uniquement sur la rentabilité. Ça explique pourquoi le bar du village vend juste de la Molson, alors que vous voudriez la bière de la Barberie ou du Dieu du Ciel. La Molson, ça rapporte, ça se vend bien. Vendre d'autres bières méconnues, ce serait prendre un risque, voir perdre de l'argent, et ce n'est pas la mission d'une entreprise privée. Et à l'opposé, ça explique aussi pourquoi la bibliothèque de votre village continue à ouvrir le jeudi soir (juste le jeudi soir, mais bon...): pour offrir un service utile (essentiel), bien que pas rentable donc pas intéressant pour une entreprise privée.
Bref, j'aime mieux notre système que celui d'ici. Du moins jusqu'au jour où Steven deviendra premier ministre!
Finca de café, Salento.
Plant de café, Salento.
Séchage du café.
Des ananas à travers la plantation de café.
Notre visite guidée de la plantation.
Des fleurs...
Encore des fleurs...
Salento.
Plage de La Barra, côte pacifique.
Petite araignée dans notre fenêtre, La Barra.
Plage de La Barra, saison des pluies...
Maisons à La Barra.
Bambou.
Mélina et un de ses nombreux chiens, La Barra.
La Barra.
U-turn sur la route au milieu du terre-plein après l'explosion d'une ligne électrique: "Donne-y, j'te dis que ça passe!"
Parc Valle de Cocora.
La "trail" des vaches (et des randonneurs) dans le parc.
Parc Valle de Cocora.
Parc Valle de Cocora.
Notre chambre à La Celia. 12,50$ par nuit. Trois discothèques dans un rayon de 100m. Insomnie et cacophonie garanties!
Le magnifique paysage dans la zona cafetera (près de La Merced).
IL ne commence pas à vous manquer, notre parc? J'estime que plus d'un mètre de neige est tombé depuis le début décembre:-) Je commence mes journées par une petite balade en ski de fond (quand les boys sont à la garderie) et ils nous préparent la glissade pour en fin de semaine;-)(La station? La remontée est en réparation alors ça fait 2 semaines qu'on manque la plus belle poudreuse depuis 2008!!!)
RépondreSupprimerBon, bon, il faut avouer que le paysage est un tantinet moins spectaculaire que celui sur la photo juste là... et qu'il fait -30 aujourd'hui;-)
Joyeuses Fêtes à vous deux, bonne route!
Marylise et les Dubuc XOX