L'ordre des caissiers de dépanneurs agréés du Québec
Iquitos, Pérou, 31 août 2016
Par Philippe
Par Philippe
Bon, quessé ça cette histoire de caissiers de dépanneurs...ça y est, la maladie a eu raison de lui, il divague! Mais non...lisez jusqu'au bout, vous allez peut-être comprendre. Mais attention, ce texte risque de déplaire à tous ceux et celles qui font partie d'un ordre professionnel. Je préfère vous avertir...
Je l'avoue, j'ai un petit côté analytique, vous l'aurez peut-être remarqué. Quand je voyage, un de mes passe-temps favoris, ce n'est pas de faire du zip-lining au-dessus de la jungle, ni même de visiter les marchés d'artisanat à la recherche d'un fameux faux-foulard du Pérou fait en Chine. Non. À la place, j'aime ça parfois juste déambuler dans les rues, les commerces, et observer comment ça marche... Et une des meilleures manières de comprendre la société, c'est d'observer comment l'économie fonctionne.
L'économie donc. En gros, si vous avez moindrement porté attention dans votre cours d'économie à l'école (oui oui, il y en avait même au secondaire...le cours durant lequel vous dormiez...) il y a un système que l'on appelle la loi de l'offre et de la demande, qui aide à fixer les prix des biens et des services. Normalement, plus la demande est forte par rapport à l'offre, plus les pris sont élevés. En contrepartie, plus il y a d'offre (de compétition entre marchands) par rapport à la demande, plus les prix sont bas. Dans les 3 pays qu'on a visités à date durant ce voyage, on a vu 3 interprétations bien différentes de ce concept.
Au Chili d'abord...sacré Chili! Comme s'il fallait encore une fois que ce soit différent dans ce pays, on dirait que la loi de l'offre et de la demande ne s'applique pas
trop là-bas. Ou plutôt...disons qu'ils la contournent habilement. Exemple? Les gens (monsieur-madame-tout-le-monde) ont vu que des cabañas (chalets touristiques), ça se louait vraiment bien, alors ils en ont construit. Partout. Des dizaines de milliers. Des centaines de milliers, C'est difficile de rouler 2km sur une route du Chili sans voir une cabaña à louer. Bref, aujourd'hui, il y en a beaucoup trop pour la demande, la plupart sont toujours vides. Le prix devrait donc être bas. Détrompez-vous: les prix sont hyper-élevés, et les gens préfèrent ne pas louer plutôt que de baisser le prix. Idem pour la basse saison (10 mois par année): ils préfèrent fermer plutôt que de baisser le prix. Bon, d'accord, ce n'est pas comme ça pour tous les produits et services au Chili, mais ça illustre bien le fait que les Chiliens ont une drôle de perception de l'économie.
En Bolivie, c'est un peu différent, parce que c'est beaucoup plus compétitif que le Chili. Par exemple, au terminal de bus, si le départ approche et que le bus n'est pas plein, ils n'hésitent pas à baisser le prix pour combler les places restantes. Par contre, la Bolivie, avec Evo Morales au pouvoir, ça tire pas mal vers le socialisme, et on le sent dans certaines situations. Oui, les compagnies d'autobus vont baisser leurs prix, mais elles ne descendront pas en-dessous d'un certain seuil, afin de ne pas tirer dans le pied de leur propre industrie.
Et il y a le Pérou. Je pense que c'est le pays le plus "libre-marché" que j'ai visité de ma vie! Ici, les prix sont déjà bas au départ, mais la compétition est ultra-féroce...ça donne des situations comme l'autre fois, dans la Cordillera Blanca. On devait prendre un minibus pour le trajet de 3 heures vers le début du sentier. En arrivant au terminal, c'était presque un combat pour nous avoir comme clients. Le prix est vite passé de 20 soles à 15 soles, puis à 10 soles, comme une enchère inversée! On a pris celui à 10 soles, mais on se sentait mal, sachant que ce n'était pas assez cher (4$ pour un taxi de 3h dans les montagnes, alors que l'essence coûte le même prix qu'au Québec!). Et les autres chauffeurs ont rabroué le chauffeur fautif car le prix était en effet trop bas. Il leur a répondu : "C'est le libre-marché!"
Et ici, le libre-marché, ce n'est pas juste dans les transports ou la nourriture, c'est dans tout! Les comptables vendent leurs services sur la rue. Idem pour les dentistes et les avocats, qui doivent faire de la pub et des rabais pour avoir des clients. Les optométristes? Ici, pour 30$, tu as une paire de lunettes double-foyer, verres et montures. Et l'examen de la vue? Bien sûr que c'est inclus! "Ça en prend un pour pouvoir te vendre des lunettes après, non?", qu'ils répondent avec un air surpris quand on leur pose la question. Oui, pour moi aussi, ça semble évident...
Quand on compare au Québec, c'est quand même bizarre. C'est combien, donc, des lunettes ordinaires, chez nous? 500$? 600$? Ah oui, il faut aussi payer 75$ d'examen pour avoir le droit, que dis-je, le privilège, d'acheter des lunettes. Vos assurances paient? Non, c'est vous qui payez vos assurances...
Je ne suis pas nécessairement un fervent partisan du libre-marché total, mais il faut bien avouer qu'au Québec, on en est bien loin. Sous des prétextes de "rigueur" et de "qualité", on a des tonnes d'ordres dont le principal rôle est de garder les tarifs des services offerts par leurs "professionnels" les plus élevés possibles. L'ordre des ingénieurs, des optométristes, des comptables agréés, des plombiers, des électriciens...le décompte est presque impossible à faire tellement il y en a! Ah oui, pour ceux qui n'ont pas d'ordre professionnel, on a aussi des "quotas", question de garder le revenu des acériculteurs et agriculteurs le plus élevé possible (ainsi que la valeur de leur quota...).
Vous n'y voyez pas de problème? Moi, oui (surtout quand je vois les tarifs ici, au Pérou...) Parce que ça créé beaucoup d'inégalités et ça distorsionne les salaires. Vous trouvez ça normal, vous, de payer 150, 200, 250$ de l'heure pour avoir le "droit" de consulter un avocat, un comptable, un ingénieur? Moi, non. Les gens qui travaillent dans des domaines où il y a des ordres et des quotas ont des revenus intéressants, les autres, moins, disons, pour rester poli.
Et si vous êtes de ceux qui trouvent ça normal, dans ce cas, vous serez sans doute en faveur de l'établissement de quotas pour les producteurs de pommes, de patates, de fraises, etc., afin qu'eux aussi aient la même sécurité de revenu que les producteurs de lait et de sirop d'érable? Et une fois parti, on pourrait aussi créer l'ordre des caissiers de dépanneurs agréés du Québec. Ainsi, après une petite formation, ils deviendraient les seuls certifiés ayant la rigueur de pitonner le prix de votre caisse de bière et vos chips au ketchup sur la caisse.
Bien sûr, le prix de votre caisse de bière, ainsi que leur salaire - leurs honoraires, je veux dire - augmenteraient en flèche, idem pour les patates, les fraises, les pommes et tout le reste, mais que ne feriez-vous pas pour avoir un caissier certifié?
Au final, quand tous les métiers du Québec auront leur "ordre" ou leur "quota", tous les salaires seront ridiculement élevés, mais il le faudra bien pour payer les patates à 20$ la livre et la caisse de 24 à 100$, non? On sera donc ainsi tous équitablement pauvres!
Rendu là, il faudra juste s'assurer de bien tenir les frontières fermées afin d'éviter que les travailleurs bon marché péruviens et leurs lunettes n'inondent notre marché!
Ok, ok...tout ça, c'est un peu simpliste comme réflexion, mais venez faire un tour dans ce coin du monde et je suis convaincu que vous aussi, ça vous fera réfléchir...du moins, je l'espère! Trop souvent, on accepte les choses comme elles sont...
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