Les frais cachés
Espinar, Pérou, 1er juillet 2016
Il y a de ces endroits où tout est cher dès le départ, c'est su et connu, pas de surprise. Au Québec, par exemple, tu vas faire du ski au Mont Tremblant: ça coûte 100$ pour le billet, et amène ton lunch si tu ne veux pas te ruiner pour manger. Idem si tu prends l'autobus Québec-Montréal. C'est cher, mais tu le sais dès que tu achètes ton billet, et c'est réglé. Si tu n'es pas d'accord avec le tarif, il y a Amigo express, Allo stop, ou le pouce...
Et puis il y a la Bolivie. On l'a déjà dit, la Bolivie, c'est vraiment très abordable comme destination. Pourtant, il y a quelque chose de frustrant dans la manière dont les services sont tarifés... toujours un petit ajout, à un moment inattendu, qui vient nous agacer.
Un exemple?
Dès notre deuxième jour en Bolivie, on a pris un bus d'Uyuni jusqu'à Potosi. Jusque-là, pas de problème, 15 bolivianos pour le trajet. Sauf qu'il s'adonne que cette journée-là, les Boliviens, en colère contre la hausse du prix du sucre (c'est socialiste ici...), décident de bloquer la route environ 30 km avant Potosi. En arrivant au barrage routier, le chauffeur se lève et nous annonce qu'on a le choix: soit il nous débarque ici et on s'organise pour les 30 derniers kilomètres (euh...), ou on lui donne chacun 5 bolivianos et il prend un détour par un chemin de terre pour nous emmener à destination. Vous imaginez Orléans Express vous arrêter sur le bord de la 20 juste avant de traverser le pont Pierre Laporte et vous demander 5$ pour vous emmener jusqu'au terminal? Donc, ça a rouspetté fort dans l'autobus, mais tout le monde a fini par payer le surplus (qui est probablement allé directement dans les poches du chauffeur...).
Un autre exemple?
Quand on a pris l'autobus entre Trinidad et Rurrenabaque, dans la jungle bolivienne. Tout allait bien, on roulait allègrement dans de beaux paysages tropicaux. Puis, l'autobus s'arrête sur le bord d'une rivière. Un arrêt pour que le chauffeur aille à la toilette, qu'on se dit. Ou encore un autre barrage routier. Mais non. Sans plus d'explications, les gens commencent à sortir, alors, ne voulant pas faire des gringos de nous, on les suit. On est au milieu de nulle part, et on ne sait pas du tout ce qu'on doit faire. On réalise à un moment donné que l'autobus va embarquer sur une barge pour traverser la rivière, sans nous! Alors on suit les gens, et on découvre qu'on devra traverser la rivière sur un autre bateau, et pour cela, payer un autre 2 bolivianos. En arrivant de l'autre côté, on saute dans l'autobus et on repart aussitôt. Aucune explication sur ce traversier ou les frais supplémentaires. Ce n'est pas un gros montant pour nous, mais pour certains, ça change la donne!
Parlant de transports, il y a un drôle de système de tarification en vigueur ici: une tarification variable de minute en minute selon l'offre et la demande, ou selon l'effort que l'on met pour s'obstiner avec la madame au guichet. Plus l'heure de départ approche, plus les prix sont bas. Ça peut faire baisser le prix de 300% en quelques heures! Si on arrive trop tôt au terminal, alors il faut négocier. Règle générale, il y a toujours un 20% de trop sur le prix demandé, et le surplus, si on le paie, va directement dans les poches de l'employé au comptoir. On apprend ensuite le véritable prix du billet quand on le reçoit et qu'on voit le montant inscrit dessus. En partant de Cochabamba vers Santa Cruz, par exemple, on a payé 70 bolivianos, et quand la dame du guichet nous a donné les billets, le montant inscrit dessus était de 60 bolivianos. "Le surplus, alors?", que je lui ai demandé. "Pa' comprarme una sodita" (pour m'acheter une p'tite liqueur), qu'elle m'a répondu! Encore une fois, imaginez-vous l'employé du comptoir d'Orléans express qui vous charge 5$ e plus que le prix indiqué sur le billet, et qui vous répond avec un grand sourire que le surplus, c'est pour s'acheter une liqueur! J'en connais qui rouspetteraient!
Mais le comble, on l'a vécu il y a quelques jours, à Isla del sol du côté bolivien du Lac Titicaca. L'île des extras par excellence! On achète nos billets de bateau à Copacabana, sur la terre ferme, et on traverse sur l'île. Jusque-là, rien de spécial. Mais en arrivant sur l'île, le déluge des frais commence. D'abord, 10 bolivianos pour entrer sur l'île du côté nord. Puis, un pseudo-guide qu'on doit suivre sur le sentier jusqu'aux ruines et qui nous chargera 20 bolivianos par personne (le salaire moyen en Bolivie doit être d'environ 25 bolivianos par jour...). Ensuite, on part pour traverser l'île à pied, et on croise un checkpoint sur le sentier où il faut payer un autre 15 bolivianos par personne pour poursuivre notre marche. En arrivant dans le village final du sentier, du côté sud, un gardien nous charge un autre 5 bolivianos pour entrer dans le village. Bref, une randonnée supposément gratuite nous aura coûté 50 bolivianos chacun, tout ça pour faire environ 8km à pied. C'est un peu comme si, dans le Parc de la Gaspésie, on chargeait les frais d'entrée au parc, et qu'une fois rendu presque au sommet du Mont Jacques-Cartier, un gardien nous chargeait 5$ pour accéder au point de vue. Disons qu'on a trouvé ça ordinaire.
Réflexions finales sur la Bolivie
On a maintenant quitté la Bolivie, alors voici le temps de faire une petite réflexion sur ce pays. Outre le fait que ce soit le paradis des frais cachés, on a beaucoup aimé la Bolivie. En fait, c'est un peu ironique qu'on n'y ait passé que 25 jours, contre plus de 6 mois au Chili, parce qu'on a beaucoup mieux aimé la Bolivie! Mais bon...on y a fait ce qu'on voulait y faire.
On a trouvé le Bolivie plus développée que ce qu'on aurait cru (alors qu'on avait trouvé le Chili beaucoup moins développé que ce à quoi on s'attendait...). Routes presque tout le temps asphaltées, autobus (souvent) modernes, hôtels très bon rapport qualité-prix. Bref, personnellement, je voyais la Bolivie, pays le plus pauvre d'Amérique du sud, plus tiers-monde que ça.
Les boliviens dans tout ça? Beaucoup, mais alors beaucoup plus travaillants que les Chiliens, contrairement à ce qu'on nous avait dit. En général, aussi, moins renfermés sur eux-mêmes que ce qu'on croyait. Leur plus grand défaut? La communication! En Bolivie, on ne nous explique rien (voir l'épisode du bus Trinidad-Rurrenabaque ci-haut). Et quand on pose une question, si la personne juge notre question pas assez importante, elle ne répond simplement pas. Et par question pas assez pertinente, on entend le prix des billets d'autobus, les horaires, le prix des fruits et légumes au marché, etc. Et comme les prix ne sont jamais indiqués, il faut pourtant bien demander! Mais bon, il leur faut bien des défauts, les boliviens!
La nostalgie des expatriés
Ce matin, je lisais La Presse + (eh oui, on lit ça même ici, ce qui nous permet de suivre la palpitante course à la chefferie du PQ et l'échange de PK Subban en même temps que vous!), et en cette période de Fêtes nationales, il y avait un article sur 12 expatriés et ce qui leur manquait le plus du Québec. Ça nous a donné l'idée de faire de même, étant donné que ça fait plus de 7 mois qu'on a quitté le Québec. Alors...dans les choses dont on s'ennuie le plus:
- Marielle (la maman de Mélina) - surtout Philippe
- le bon café le matin - et les déjeuners à la maison en général, avec du beurre d'arachide, du fromage, du bon pain, du yogourt, ahhhhh
- les prix affichés dans les commerces
- les douches à eau chaude vraiment chaude et non-intermittente
- le chauffage dans les maisons
- le silence, parfois...c'est bruyant, l'Amérique du sud
Bon, alors à une prochaine fois, sur le Pérou cette fois!
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